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plaisir d'écrire à tout âge
Interviews

~ Interview de Julie, autour de la graphothérapie et du lettering ~

Article un peu particulier aujourd’hui car sur un sujet lié à l’écriture mais qui n’est pas du tout mon domaine : la graphothérapie !!! Et c’est pour cela que j’ai invité Julie Mousty, une de mes élèves, pour m’en parler !!!

On va évoquer la graphothérapie, ce que c’est, à qui cela s’adresse et faire un lien (bien sûr) avec le lettering !!!

L’idée de ce sujet m’est venue en discutant avec ma communauté, mes élèves ou parfois juste des voisins ou des parents d’élèves.

On me demande effectivement souvent si le lettering est adapté aux personnes ayant des difficultés avec le langage et/ou l’écriture, si cela peut avoir un impact. Et à vrai dire, je n’en avais aucune idée !

J’ai constaté, pour mon cas personnel, des vertus méditatives au lettering. C’est une activité qui me fait du bien et me détend mais je n’avais jamais vraiment creusé la question sur des vertus thérapeutiques ou d’autres bienfaits possibles.

Alors, Julie, c’est à toi ! Et merci beaucoup d’avoir pris ce temps pour évoquer ton métier et ta passion !!!

Julie Mouty, graphothérapeute

Peux-tu te présenter et me parler de ton parcours ? Pour quoi le choix d’aller vers la graphothérapie ?

Une passion qui fait suite à une reconversion

Oui bien sûr ! J’ai toujours été passionnée par le monde de l’éducation, la pédagogie, et la psychologie. Ce qui fait que j’ai repris mes études à l’âge adulte pour devenir puéricultrice et travailler avec les enfants. J’ai ensuite, diplôme en poche, travaillé plusieurs années en crèche. Mais après ces quelques années à être témoin du rythme effréné imposé aux bébés et jeunes enfants, des douces violences tout au long de la journée, des collègues qui essayaient de faire le mieux avec peu de moyens, une hiérarchie obtuse, qui ne concevait la crèche qu’en terme de productivité, j’ai fini en dépression.

J’ai essayé de reprendre, mais en vain, je ne pouvais tout simplement pas m’adapter et accepter la réalité. J’ai fini par quitter les collectivités d’enfants.

Je voulais continuer à travailler avec les enfants, surtout ceux à besoins spécifiques, en situation de handicap. Je me suis formée dans ce sens, j’ai fait des années de bénévolat dans une association pour les personnes autistes. J’ai même créé ma propre association. Je recevais régulièrement des parents et enfants à besoins spécifiques pour de la guidance parentale, une évaluation de leurs compétences et besoins, une stimulation (communication, compétences académiques, du jeu et sociales) ou encore du coaching scolaire. Nombreux sont les enfants et adolescents que j’ai rencontrés qui avaient des troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie), ou un trouble développemental de la coordination (dyspraxie) et notamment des difficultés importantes pour écrire, voir une dysgraphie.

La solution la plus souvent proposée est dans la majorité des cas est l’outil informatique en classe. Cette solution aide de nombreux enfants mais pas tous. Certains enfants sont trop jeunes, d’autres ne veulent pas aller à l’école avec un ordinateur par peur du regard des autres, les parents ou les professeurs peuvent être réfractaire ou ne pas avoir le moyen d’investir. Il faut aussi penser que la mise en place de l’outil informatique prend du temps pour que l’enfant apprenne à bien s’en servir, à bien dactylographier. Parfois on conseille trop vite l’outil informatique pour des difficultés d’écriture, retards, mauvaises habitudes prises alors que tout cela est tout à fait rééducable contrairement aux « vraies » dysgraphies malgré que même les plus dysgraphiques peuvent améliorer leur écriture.

Ecrire c’est comme lire, indispensable à la vie en société : faire une liste de courses, signer, remplir un formulaire, griffonner des notes rapidement. Mais aussi, l’écriture est une forme d’expression importante. L’écriture est toujours personnalisée à la personne. Personne n’aura la même. Diverses études montrent que les enfants apprennent et retiennent mieux quand ils ont la maitrise de l’écriture.  Ce fût une période de réflexion d’une formation en graphothérapie.

Moi-même je redécouvrais le plaisir d’écrire dans mes agendas, mes journaux intimes… Je me suis beaucoup renseignée sur les différents organismes qui proposent des formations. Tous ne se valent pas. Les meilleurs, en terme de qualités du contenu et nombre d’heures, se comptent sur les doigts d’une main. Et puis, un jour, j’ai été attirée par un organisme qui répondait à mes attentes et à partir de ce moment-là, j’ai su que je voulais devenir graphothérapeute, c’était devenu une passion.

Qu’est-ce que la graphothérapie ?

​La graphothérapie est la rééducation de l’écriture. Elle prend en charge les difficultés graphomotrices, que ce soit chez les enfants, les adolescents ou les adultes.

L’objectif de la graphothérapie est de rendre l’écriture de la personne plus confortable, plus lisible, plus fluide et rapide. On recherche donc une écriture fonctionnelle et non une écriture calligraphiquement parfaite.

​Il ne faut pas confondre graphothérapie et graphologie. Cette dernière est l’étude de la personnalité à travers l’écriture.

On pourrait comparer la graphothérapie à d’autres métiers de rééducation. Par exemple la logopédie (orthophoniste en Belgique) rééduque le langage, la parole de la même façon que la graphothérapie rééduque la graphomotricité, l’écriture. Dans les deux cas, ça vise à améliorer la communication. L’écriture est une forme de communication très importante.

Déroulement des séances

Je commence par un premier contact téléphonique et une anamnèse (note Y-Lan : J’ai cherché la définition de ce mot dans le dictionnaire 😉 Retour à la mémoire du passé vécu et oublié ou refoulé (s’oppose à amnésie).

Ensuite vient le bilan graphomoteur avec différentes épreuves, qui dure 1h30, la partie la moins amusante mais essentielle pour comprendre les causes des difficultés d’écriture et pouvoir fixer des objectifs.

Les séances de rééducation ont lieu idéalement toutes les semaines voir tous les 15 jours.

  • Je commence par un moment de relaxation, je prends la température de l’émotion de la personne pour voir sa disposition à ce moment-là. On enchaîne avec de la manipulation pour travailler la motricité fine. Avant d’écrire, on pratique la gym des doigts.  
  • Ensuite on revoit la posture, la tenue de l’outil scripteur et on passe aux exercices graphiques avec différents outils, différents supports.
  • On termine par un jeu qui va travailler les capacités perceptives, l’inhibition, la flexibilité, la mémoire de travail, bref, des compétences qui toutes sont nécessaires pour écrire.

Si la personne a des douleurs par suite de l’effort soutenu qu’elle vient de faire, un petit automassage s’invite.

Pour les enfants, on consacre 15 minutes de plus, avec ses parents, pour leur expliquer ce qu’on a fait, conseiller, entendre leurs questionnements. Je donne des petits exercices qui prend quelques minutes à la personne quotidiennement chez eux. Ce n’est bien sûr pas obligatoire mais j’instaure un cahier que la personne reprend chez elle et ramène à chaque séance. Dedans, on peut y trouver des fiches outils (posture, tenue de l’outil scripteur, photo de la gymnastique des doigts, photos de l’automassage, etc.), une fiche de progression de la personne (c’est fait sous une forme de tableau avec des étoiles pour les enfants), un journal fait sur 4 semaines pour que la personne puisse y noter ce qu’elle fait chaque jour, si elle a trouvé cela difficile ou facile.

gym des doigts
Exemple de gym des doigts

Pour les parents, ils peuvent y noter leurs observations et questionnements, etc. J’essaye de rentre les séances ludiques et chaque prise en charge est adaptée à la personne. Le nombre de séances nécessaires est variable selon les difficultés de la personne, son investissement quotidien, selon les objectifs qu’on fixe.

Une dizaine de séances est souvent nécessaire mais ça peut-être plus si la personne à des difficultés importantes.

A qui cela s’adresse-t-il ?

La graphothérapie concerne un large public de tout âge.

  • Les jeunes enfants dès la fin de la maternelle ou début des primaires qui ne rentrent pas dans le graphisme et l’écriture.
  • Les enfants et adolescents d’âge scolaire qui ont des difficultés d’écriture telles que :
    • Lenteur
    • Manque de soin
    • Douleur
    • Illisibilité de l’écriture
  • Les adultes qui n’arrivent pas à prendre des notes assez rapidement, éprouvent des douleurs, des difficultés à se relire ou encore sont insatisfaits de leur écriture.
  • Les enfants, adolescents et adultes qui ont des troubles spécifiques des apprentissages avec un retentissement sur leur écriture.
  • Les enfants, adolescents et adultes qui souffrent de dysgraphie ou chez qui une dysgraphie est suspectée.
  • Les personnes qui désirent reprendre du plaisir dans l’acte d’écrire.
  • Les adultes et personnes âgées qui peuvent perdre des acquis à la suite d’une maladie comme la maladie de Parkinson ou encore par suite d’un accident vasculaire cérébral, une dépression, etc.
  • Les personnes qui ont subit un traumatisme physique au niveau des membres supérieurs qui impacte l’écriture.

Le lettering serait-il « utilisable » pour un graphothérapeute ou pour ses patients ? Quels liens peut-on faire entre ces pratiques de ton point de vue (alors qu’elles n’ont pas le même objectif) ?

Bien-sûr ! D’abord l’écriture doit-être fonctionnelle, d’assez bonne qualité pour être lue par les pairs, d’une vitesse suffisante, qui ne met pas la personne en double tâche et qui ne soit pas inconfortable. Tout cela est nécessaire pour écrire à l’école, prendre des notes à l’université, à une réunion de travail, remplir un formulaire, faire sa liste de courses, signer, etc.

Écriture et créativité

Mais l’écriture peut-être aussi une source de plaisir, de ressourcement, une écriture créative ! D’ailleurs, certaines thérapies passent par l’écriture quand on y pense. Bien sûr, les graphothérapeutes rééduquent l’écriture et ne prennent pas en charge les difficultés psychologiques (même si elles doivent être prises en compte dans la rééducation !), mais c’est pour exprimer à quel point l’écriture peut jouer un rôle fonctionnel mais aussi de développement personnel ! L’écriture peut devenir un hobby voire une passion.

L’utilisation du lettering dans la graphothérapie est tout à fait pertinent. D’ailleurs, tout comme le lettering, l’écriture se dessine ! Bien-sûr il faut que la personne arrive aisément à écrire les cursives minuscules et majuscules ainsi que les chiffres avant de se lancer dans le défi du lettering qui augmente l’exigence et est une bonne manière de motiver la personne, pour lui apprendre des techniques supplémentaires, de se servir d’outils et supports différents. Le lettering est un art qui peut plaire à beaucoup de personnes. Le lettering est joli à regarder, alors pourquoi pas décorer son cahier ou son agenda, écrire un poème, une citation, etc.

Je dois dire que j’ai moi-même repris le plaisir d’écrire par l’écriture créative dont le lettering je voulais décorer mes divers agendas. J’étais tout le temps collée à mes écrans, et puis petit à petit j’ai redécouvert le plaisir d’écrire. C’est d’ailleurs un des facteurs qui m’a poussé à me former à la graphothérapie.

On ne doit pas essayer d’être parfait, expert en calligraphie pour en faire. On doit juste aimer cela et prendre du plaisir !

Aurais-tu des conseils sur la posture à donner à ma communauté de pratiquants en lettering ? J’en parle souvent mais n’était pas thérapeute, je ne voudrais pas dire trop de bêtises… Par exemple, j’insiste souvent sur la respiration, les appuis, le fait de garder la main et l’avant-bras sur la table. Mais je me demande si ce que je conseille est « correct ».

Tes conseils sont déjà très bien !

Au niveau de la posture, s’assoir sur une chaise, ergonomique si possible. La chaise doit-être proche de la table. Les pieds doivent pouvoir être mis à plat sur le sol afin d’avoir un bon appui. Il est important de se tenir droit.

Pour savoir si le bureau et la chaise sont à la bonne taille, il faut que le bord de la table arrive plus ou moins au niveau du nombril quand la posture est bien droite. Pour les personnes qui remuent beaucoup et ne savent pas garder la posture, il existe des coussins remplis d’air qui améliore l’assise. On en trouve dans les magasins de sport. On peut aussi s’entrainer sur un ballon de gym qui nous oblige à prendre une bonne posture pour rester en équilibre dessus. Une autre astuce consiste à mettre sur une bande élastique sur les pieds de la chaise de devant. Ainsi on peut bouger les pieds au lieu de bouger tout son corps.

Positionnement de la feuille

Au niveau de la feuille, celle-ci doit-être sur la table devant soi, légèrement inclinée dans un sens ou l’autre selon que vous êtes droitier ou gaucher. L’avant-bras repose sur la feuille. Il restera toujours sur la page mais va glisser de gauche à droit et une fois arrivée à la fin de la ligne « sauter » pour se mettre au début de la ligne suivante. Le poignet doit reposer sur la page. Dans la continuité du bras et non « cassé » dans un sens ou dans l’autre ! Ce sont les doigts qui font le travail, pas le poignet !

Tenue du crayon

Au niveau de la tenue du crayon, elle doit-être idéalement en tripode dynamique. On place le stylo entre les bouts du pouce et de l’index qui seront à l’opposé. Le stylo repose sur le majeur au niveau de la première phalange. On place nos doigts près de la mine mais pas de trop (+- 2 cm de distance). Le pouce et l’index travaillent en flexion. L’index va donner la forme de la lettre en contrôlant le mouvement du stylo. Tandis que le majeur ne fait pas grand-chose, mais reste indispensable pour soutenir le crayon.

Position conseillée

Pour terminer sur cette question, je dirais que l’écriture ne doit apporter aucune douleur et aucun inconfort. Si vous c’est le cas ou que vous souffrez de la « crampe de l’écrivain », n’hésitez pas à consulter un graphothérapeute.

graphothérapie - position de la main pour un droitier
  • Inclinaison de la feuille pour les droitiers.
  • Bras et poignet posé sur la feuille dans la même direction.
  • Tenue tripode dynamique, à +- 2 cm de la feuille.
  • Poignet dans la continuité du bras, non « cassé ».

graphothérapie -position de la main pour un gaucher
  • Inclinaison de la feuille pour les gauchers
  • Bras et poignet posé sur la feuille dans la même direction.
  • Tenue tripode dynamique, à +- 2 cm de la feuille.
  • Poignet dans la continuité du bras, non « cassé ».

Julie Mousty

Graphothérapeute en Belgique. Son site :

www.jm-graphotherapie.net

Conclusion d’Y-Lan

J’espère que vous avez apprécié cet échange. De mon côté, j’ai beaucoup appris. Et je retiens pas mal de choses qui peuvent vous servir aussi dans votre pratique du lettering :

Se préparer mentalement avec un temps de relaxation, et physiquement avec un échauffement et de la gym des doigts. Prendre du plaisir dans ce qu’on fait (on s’amuse, c’est un jeu autant qu’une pratique artistique !)

Je souligne aussi souvent l’importance de la position et le fait qu’il ne doivent pas y avoir de l’inconfort.

Comme Julie, j’adore travailler avec les enfants et c’est pour cette raison que j’ai même sorti une formation « Lettering Fun en famille » qui se pratique, comme son nom l’indique, en famille et à tout âge !!!

22 commentaires

  • Mbo - Titine Nefertiti sur fb

    Merci pour cet article très intéressant. Je me demande si je n’avais pas entendu Julie lors de conférences l’an dernier sur l’APIE (personnes atypiques). En tout cas plein d’informations sur la posture pour tous du coup. je suis étonnée par exemple par la hauteur de table, car j’ai un torse plutot long et si je mets au niveau du nombril , je vais me courber. moi j’aime bien l’avoir un peu plus haut , mais peut etre est ce du aussi à mon age, En tout cas merci à toutes 2 pour cette interview

    • Julie Mousty

      Bonjour et merci pour votre commentaire. Il est très probable que vous m’avez vu témoigner sur l’autisme 🙂

      Pour ta table, effectivement,si vous êtes particulièrement grand, ça peut poser souci. Il existe des tables « bar » qui sont plus hautes. Mais vos pieds doivent rester bien à plats sur le sol . 🙂

  • Isabelle

    Bonjour
    Article très intéressant. Par contre, je ne comprends pas la phrase explicative de l’élastique et la chaise. Est-il possible de m’éclairer ? Merci d’avance

  • Nicolas

    Merci à toutes les deux pour ce bel échange. Pour être franc je pensais que le terme de « graphotherapie » aller renvoyer à tout ce qui touche au dessin pour destresser… et puis non ! Personnellement la lecture de l’article me renvoie à une question que je me suis plusieurs fois posé : pourquoi je n’écris pas toujours de la même façon ? Parfois j’ai l’impression que mes doigts sont crispés et j’écris moins bien (d’un point de vue esthétique), alors que parfois c’est l’inverse mon style est plus fluide et le stylo forme de belles lettres. J’ai l’impression que mon humeur influence énormément le rendu…

    • Y-Lan

      Pour déstresser, j’imagine que cela relève de l’art thérapie. Bon, je n’ai plus qu’à chercher une art thérapeute pour l’interviewer lol !!!

      Sinon, concernant l’influence de ton humeur sur ton écriture, c’est super intéressant, je n’ai pas remarqué cela pour ma part. Du coup, cela m’intrigue. Je vais sonder autour de moi.

  • Julie

    Merci pour cette rencontre !
    Je ne connaissais pas non plus ce métier. C’est très intéressant.
    Julie, tous les médecins devraient venir consulter chez toi, vu leurs ordonnances incompréhensibles !!!!! 😂😂😂
    Je trouve cela très agréable de prendre le temps de « bien » écrire, avec de belles lettres soignées. Malheureusement, les moments où nous écrivons le plus (mais qui sont de plus en plus rares, car remplacés par l’ordi ou le tel), sont des moments où il faut écrire vite : liste rapide de courses, prises de notes en cours…
    Apprendre à prendre son temps pour faire de jolies choses me semble important.

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